top of page
Search

Cosmogony de l'Océan


Lorsqu’un surplus de CO2 entre au contact de l’H2O des océans, ils fusionnent puis se dissocient en une entité appelée… H. H possède ce pouvoir singulier : il acidifie l’eau, déséquilibrant les réactions acides/bases de l’écosystème océanique, déstabilisant jusqu’aux créatures les plus invisibles, tant par leur taille que par le peu de considération que nous faisons de leur existence. Ces créatures insignifiantes sont translucides, tentaculaires, à motifs ou sans, mais plutôt laides en somme. Et ce que leur inflige H les enlaidit davantage : en acidifiant leur eau de vie, H compromet la formation de leur coquille ou de leur exosquelette, qui se ramollissent ou disparaissent, désagrégés. Ainsi ces organismes se voient-ils comme forcés, bien avant leur mort, de restituer au monde marin les éléments qu’ils lui avaient empruntés pour se construire – si toutefois ils y étaient parvenus – une restitution dent pour dent, os pour os, chaque molécule de leur charpente solide se dissocie, se disloque, fait ses bagages et signe ses papiers d’émancipation. (Légende du dessin: En haut: Ptéropode rendant à l'océan le calcium et le carbonate constituant sa coquille. Encre sur papier. En bas: Larve de céphalopode incapable de fixer sa coquille en formation. Encre sur papier).


Ces petits organismes se retrouvent dénudés, certes, mais pas dénués d’intérêt : décortiqués de la sorte, ils deviennent des mets de choix pour des créatures plus grosses se régalant de ces amuse-gueules préparés avec soin par H, le grand spécialiste du fondant. H qui a parfaitement compris qu’il est bien plus facile de se régaler d'un chocolat déjà déballé que de friandises emmaillotées dans de petites coquilles individuelles. Alors forcément, devant tant de facilité, le nombre de chocolats diminue, diminue diminue diminue, jusqu’à ce que la boîte se vide – ou plutôt l’océan.


Tout ça à cause de… H. Atome aux multiples facettes. A la fois constituant de nos cellules et élément essentiel des étoiles. C’est vrai qu’entre une cellule et une étoile on s’y méprend facilement : quelle différence en effet entre un point lumineux au bout d’un télescope et un point réfringent sous l’œil du microscope ? Pour peu qu’H ait mal nettoyé ses lunettes de myope, c'est la confusion : il fusionne avec un point ou l’autre sans distinction – si ce n’est que l’un est doté de la vie et l’autre non. (Légende du dessin: Allégorie d’Océan, se vidant de son microbiome. Encre sur papier.)


Jouant volontiers entre le gigantesque et le microscopique, H faiseur d’étoiles a un impact direct sur les cellules d’Océan. Non, ce ne sont pas réellement ses propres cellules, car Océan n’est pas un être vivant. Mais c’est tout comme ! Océan est truffé de cellules en tous genres, certaines assemblées en créatures macroscopiques, d’autres évoluant seules ou par petits groupes, entre deux O. Ce sont ces dernières, les plus invisibles, qui forment le microbiome de l'eau, sorte de poumon inversé d’Océan, consommateur de CO2et faiseur d’O2. (Légende des dessins: En haut : Comparaison entre une étoile et une cellule. Encre sur papier. En bas : Comparaison entre une étoile et un radiolaire, organisme unicellulaire du zooplancton océanique. Encre sur papier).

C’est ce microbiome qui produit puis rejette hors d’Océan l’essentiel de l’O2 dont les animaux terrestres ne peuvent se passer. O2, un déchet de l’eau. Une drôle d’ironie phOnétique. Un déchet que nous, animaux, adulons. Pourtant, nos propres déchets nous les méprisons tellement que c’est à peine si nous leur donnons la chance d’une seconde vie. Nous en produisons beaucoup des déchets, mais limitons-nous ici à la seule émission de CO2 car on en fait déjà des tonnes à ce sujet. Ce CO2 que nous produisons en excès, nous préférons laisser à d’autres le soin de l’absorber, car on l’a vu, CO2 entre dans l’eau… Mais de cette union nait le petit démon H. H, terreur du microcosme lorsqu’en surnombre, se croyant à l’abri des regards au milieu de ce monde invisible, détruit les coquilles et exosquelettes. Peut-être que si nous nous sortions la tête des étoiles nous pourrions observer H sous ce nouvel éclairage : celui du microscope. Nous pourrions alors nous émerveiller devant ce microbiome, rempli de cellules aux formes plus diverses encore que toutes les étoiles du ciel.

Continent, producteur de CO2, et Océan, producteur d’O2, deux mondes au fonctionnement opposé qui sont pourtant intimement liés. Mais alors que l’un ne peut vivre sans les déchets de l’autre, l’autre peut-il seulement survivre aux déchets grandissants de l’un ?



Comments


bottom of page